À Kinogo, une localité du village Ngangi 1, dans le territoire de Nyiragongo, la vie est une lutte permanente pour les familles déplacées. Devant une petite maison, des enfants sautent de joie autour d’une casserole de bouillie en train de cuire. Mais la quantité, bien trop faible au regard du nombre de personnes présentes, illustre à elle seule la misère dans laquelle vivent ces ménages.

Mme Kavira , mère de quatre enfants, fait partie de ces familles déracinées. Originaire de la cité de Kaina, dans le territoire de Lubero, elle a fui les affrontements armés avec son mari et leurs enfants. Aujourd’hui, ils vivent dans une famille d’accueil, sans ressources stables.

« Avant, je comptais beaucoup sur les aides humanitaires, notamment celles du PAM. Mais aujourd’hui, la situation est devenue très compliquée », confie-t-elle.

Sa plus jeune fille, visiblement malnourrie, ne mange qu’une seule fois par jour.

« Nous mangeons souvent le soir, quand nous trouvons quelque chose. Et ce repas, c’est pour tous les enfants comme les adultes. »

La famille se nourrit principalement de pâte de manioc, parfois mélangée à de la farine de maïs. Les dons humanitaires reçus un peu de farine et quelques produits enrichis ont permis de soulager temporairement la situation, mais en quantité insuffisante.

« Une seule ration devait être partagée pour le matin et le soir », ajoute Mme Kavira, le regard vide.

Son mari, sans emploi, cherche de petits travaux journaliers pour espérer rapporter de quoi nourrir la famille.

« Quand il trouve du travail, nous mangeons. Sinon, nous passons la journée à jeun », poursuit-elle.

À quelques mètres de là, une autre femme, mère de neuf enfants, témoigne aussi de la dureté du quotidien. Venue de Kiroche après que sa maison a été détruite par des bombes, elle vit aujourd’hui dans une parcelle offerte par des bienfaiteurs.
« Ici, nous vivons par la grâce de Dieu. Parfois, deux jours passent sans que nous cuisinions. Les enfants pleurent de faim et finissent par s’endormir. »

Tous ses enfants souffrent de malnutrition et aucun ne fréquente l’école.

Ces femmes déplacées partagent le même sort : celui de la pauvreté, de la faim et de l’incertitude. Hébergées par des familles d’accueil elles-mêmes vulnérables, elles survivent au jour le jour, dans l’attente d’une aide humanitaire devenue rare.

Nous n’avons pas pu rencontrer le chef du bureau du Programme Alimentaire Mondial (PAM) à Goma, afin de connaître le degré d’implication de cette organisation dans l’assistance aux déplacés restées dans des familles d’accueil, notamment ceux qui ne peuvent toujours pas regagner leurs villages d’origine pour diverses raisons.

Grace Wasingya Nestor

By ellefm

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