« Je fais la cordonnerie depuis deux ans. Je suis fière de mon travail, même si beaucoup le considèrent comme une carrière réservée aux hommes. Les gens parlent toujours, mais je ne me laisse pas freiner par les jugements », confie Espérance, le regard déterminé. Pourtant, la crise actuelle a bouleversé son quotidien :« Autrefois, je ne manquais pas de clients, en majorité des étrangers.Mais depuis la fermeture de l’aéroport, les commandes se raréfient et la livraison devient un casse-tête.»
À ces difficultés s’ajoute le manque de matériel : « Les gens n’investissent pas dans la cordonnerie. Pour trouver des fournitures, je suis obligée de me rendre à Kampala, au Kenya ou à Kigali. Ces trajets augmentent le coût de fabrication, alors que les produits locaux ne devraient pas être chers », explique-t-elle. Malgré tout, madame Mwenge garde la tête haute. Grâce à son métier, elle est devenue indépendante et contribue aux besoins de sa famille : «l’autonomisation féminine passe par la confiance en soi et la valorisation des talents. C’est pourquoi j’appelle toutes les femmes à ne pas se limiter à cause des préjugés. Chacune de nous possède un talent qu’il faut exploiter et faire grandir », lance-t-elle avec conviction.
À Goma, les métiers longtemps associés aux hommes n’ont plus le monopole masculin. De plus en plus de femmes y excellent, prouvant que la cordonnerie, comme tant d’autres professions, peut aussi rimer avec émancipation et fierté féminine.
Laïla Kayuya
