Dans un contexte marqué par les tensions et les traumatismes, les femmes et jeunes filles membres des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) de Goma se sont mobilisées mardi le 30 Septembre 2025 pour promouvoir la paix et la résilience. À travers le projet Tafaulu Pamoja, exécuté par la Dynamique des Femmes Juristes DFJ avec le financement de l’ambassade de Suède en République Démocratique du Congo, ces femmes ont mené une mission de réflexion sur leur rôle comme actrices de changement, suivie d’une activité symbolique : la plantation d’arbres de paix.
L’activité, centrée sur le rôle de la femme et de la jeune fille dans la consolidation de la paix , a réuni plusieurs groupes féminins. Pour Rachel Mululu Kisonia, membre du collectif Wamama wanao jiunga kwa ajili ya maendeleo et cheffe du groupe Mama Amani na Usalama formatrice ,explique :« Dans les AVEC, il existe souvent des tensions entre femmes. Nous avons voulu montrer comment créer la paix entre elles. L’arbre de la paix est une métaphore car il faut d’abord avoir la paix en soi pour pouvoir la donner aux autres. »
Rachel explique que cette démarche a aussi permis une séance de détraumatisation au cours de laquelle les participantes ont pu exprimer leurs angoisses et libérer leurs émotions: «Chaque femme est repartie avec un arbre à planter chez elle ou dans son groupe, comme rappel quotidien de l’engagement à la paix»
Marie Gentille Wajuwamungu, membre de l’AVEC Fazili, insiste sur la nécessité de dépasser les conflits internes :« Pour lutter contre les pressions et mésententes dans nos associations, nous devons d’abord créer la paix en nous-mêmes, éviter la haine et bâtir l’harmonie avec nos proches. Planter un arbre de la paix, c’est apprendre à planter la paix dans son cœur. »
Elle ajoute avec conviction :«J’invite les Kivuciennes à abandonner les conflits et le tribalisme. Plantons l’arbre de la paix dans nos familles et nos quartiers, car nos divisions nous conduisent à la guerre et à la manipulation.»
De son côté, Despine Kavugho Karuke, présidente de l’AVEC Mentora Tuamke, souligne l’importance de l’entretien de cet arbre symbolique :« Il représente l’amour, la confiance et la prospérité. Je m’engage à bâtir la paix dans mon cœur d’abord, puis à la partager avec ma famille, ma communauté et mon pays.»
Elle rappelle également les souffrances vécues par les femmes du Kivu: « Nous avons traversé des traumatismes terribles comme des vols, des viols, des assassinats. Mais la résolution 1325 et les lois existantes nous donnent encore de l’espoir. Elles peuvent aider les femmes à sortir du traumatisme et à devenir actrices du changement.»
Au-delà du geste symbolique, l’arbre planté devient un repère vivant. En grandissant, il rappellera aux femmes leur engagement à la paix et à la réconciliation. Les fruits qu’il portera demain incarneront l’héritage transmis aux enfants ,celui d’une société apaisée et solidaire.
Signalons qu’à Goma, l’arbre de la paix n’est pas qu’un symbole d’un avenir où les femmes, longtemps victimes des conflits, deviennent les architectes de la réconciliation et de la résilience.
Laïla Kayuya.
