Dans les établissements scolaires, là où l’éducation devrait être synonyme de protection et d’épanouissement, se cachent des pratiques inquiétantes. Les témoignages d’élèves, filles et garçons, révèlent une vérité dérangeante où les violences sexuelles existent bel et bien dans le milieu scolaire, et elles prennent des formes multiples, allant du harcèlement aux gestes déplacés de la part d’enseignants ou de camarades.
Certains élèves racontent avoir été humiliés publiquement par des responsables disciplinaires, frappés de manière inappropriée ou harcelés par des professeurs exigeant des faveurs sexuelles en échange de bonnes notes. D’autres décrivent des comportements déplacés, un attouchement, blagues qui dégénèrent, caresses imposées. Ces expériences, souvent tues par peur ou par manque d’écoute, traduisent un climat de vulnérabilité où les victimes n’osent pas dénoncer.
« Oui il existe des violences sexuelle en milieu scolaire, étant garçon j’ai un témoignage qui ne m’avait pas plu quand le professeur veut des petites filles, je me rappelle un jour lorsque nous étions au rassemblement. Le directeur de discipline faisait semblant de chasser la fille de la huitième année. Et puis, le directeur de discipline l’avait frappé sur le fesse avec sa main. Le Directeur de discipline avait dit que la fille n’avait pas affilé », avoue un élève d’une des écoles de Goma.
Une fille élève temoigne : « je m’assaillait dans la cours de l’école avec mon ami et puis le directeur de discipline venait, au lieu de nous punir, il nous avait frappé au fesse avec sa main, nous n’avions pas dénoncé ni réagit parce que notre préfet ne nous écoute pas, il ne nous donne pas la place pour nous exprimer. »
« J’avais un ami garçon, on avait l’habitude des faire des blagues entre amis, il commençait à exagérer jusqu’à me toucher de fois aux seins et au fesse. Je m’étais éloignée de lui », témoigne une autre jeune fille élève.
« Oui, il existe des cas de violences dans les milieux scolaires. L’enseignant draguait une élève, l’élève l’a refusée. L’enseignant a commencé à la harceler et lui dire que si elle veut passer de classe, qu’elle couche avec lui. Après, il avait pris son numéro. Il continuait à harceler tellement la fille qu’elle avait changé d’école », fait savoir une jeune élève de Goma.
«Oui, oui, il existe de cas de violences sexuelles en milieu scolaire mais souvent c’est dans les écoles publiques car tout on est libre, personnellement étant garçon, le fait de toucher des fesses, les seins, je l’ai déjà fait, mais c’est juste une seule fois. C’était le jour de l’activité scolaire. Je lui ai dit de changer de milieu car le soleil était accablant et aller dans la salle avec elle. Je lui ai touché ses seins et fesses et embrassé. D’abord, je lui ai demandé, est-ce que tu es vierge ? Elle m’a répondu non et j’ai compris que ce n’est pas nouveau pour elle, j’ai aussi profité », avoue un élève dabs un des instituts de Goma.
Les enseignants parmi les auteurs des violences sexuelles
« Il était mon professeur de maths. Il voulait que je couche avec lui mais moi j’évitais cela. Souvent, j’échouais dans son cours. Au fur et à mesure qu’il continuait, mon professeur n’arrivait pas à accepter le fait. Il a commencé à me harceler et je n’avais pas dénoncé par peur d’être mal vue », témoigne une jeune fille élève survivante d’un cas de violences sexuelles dans son école.
Un autre élève ajoute : « J’ai des collègues que je connais, j’étudiais avec eux et à la sortie, ils ne partaient pas, ils restaient en train de s’embrasser, de se caresser dans la salle de classe, et personne ne pouvait dénoncer cela. »
Des témoignages à en couper le souffle : « Il y a des violences qui se font à l’école. Par exemple, dans ma classe il y avait un garçon qui s’était courbé dans les jambes d’une fille, puis la fille avait dit, comme tu as fait ça, moi aussi je vais te le faire en retour. La fille à demander au garçon de lui montrer son sexe en classe et le garçon le lui avait montré. »
« Au sein des écoles il existe des cas de violences sexuelles commises par certains des professeurs envers les élèves, des élèves entre eux, ainsi de suite. Les classes des 7ème et 8 ème sont un peu serrées, ils sont avec le garçon et les filles, dans ces conditions, des cas ne peuvent pas manquer », précise un élève.
Les violences ne se limitent pas aux gestes individuels. Elles s’inscrivent dans un système où l’encadrement fait parfois défaut. Les classes surchargées, l’absence d’enseignants, et le manque de sensibilisation favorisent un terrain propice aux abus. Les élèves, livrés à eux-mêmes, deviennent victimes ou auteurs de comportements inacceptables. Les professeurs eux-mêmes reconnaissent que ces dérives existent, et que les mécanismes de prévention restent insuffisants.
Professeur KITABA Emmanuel, Représentant le corps enseignants de l’institut MAARIFA explique : « Les cas des violences sexuelle entre les élèves existent parce que nous sommes dans un milieu scolaire, nous enseignons plusieurs têtes, il y a des jeunes filles et des jeunes garçons qui se livrent à ce genre de pratique malsaines. S’il y a l’absence d’un enseignant dans la salle de classe, on peut avoir quelques rapports vis-à-vis de ces élèves, surtout les jeunes filles sont victimes, les garçons eux font des blagues qui dépassent les limites jusqu’aux attouchements. On regarde aussi, il y a certaines filles qui les font aux pantalons des garçons, mais souvent ce comportement vient des garçons. »
Il ajoute : « étant autorité, lorsque nous constatons ces cas-là, on présente ces cas au niveau de la direction des études. Et il y a aussi des conseillers psychosociaux au niveau de l’école qui conseillent les enfants. Jusqu’à présent, aucune plainte venant de la fille, mais on constate surtout quand il y a les bruits dans la salle de classe. le directeur de discipline intervient directement. Alors, quand on demande pourquoi ils font des bruits, ils ont peur d’avoier que c’est au cause des abus sexuels dans la classe. »
Il sied de noter que l’éducation ne peut s’épanouir dans un climat de peur et de harcèlement. Les témoignages recueillis rappellent l’urgence d’agir collectivement pour que l’école redevienne un lieu sûr, où chaque enfant apprend dans la dignité et le respect.
Laila Kayuya
