Nous sommes au marché Kahembe. Un marché qui accueille depuis près de 10 ans, des centaines de petits commerçants transfrontaliers congolais et rwandais majoritairement femmes. Celles-ci traversent la frontière à Goma et Gisenyi entre la RDC et le Rwanda pour s’approvisionner en marchandises dont les produits vivriers.
En effet, depuis certaines années déjà, les femmes petites commerçantes transfrontalières de la RDC se sont regroupées en coopératives et plates formes notamment la plateforme des associations et coopérative des petits commerçants transfrontaliers.
Du coté du Rwanda, il y a aussi des initiatives, dynamiques dont les associations et coopérative des petits commerçants transfrontaliers rwandais. Ces initiatives définissent la nomenclature du commerce transfrontalier et renforcent la collaboration entre les petits commerçants transfrontaliers de deux pays, la cohésion et la paix sociale.
Depuis de cela une année, cette initiative a connu une nouvelle dynamique par le fait que les petits commerçants transfrontaliers étaient butés au problème lié à l’encombrement lors des traversées à la frontière.
Alors qu’elles sont des centaines de milliers des femmes qui au quotidien font le petit commerce transfrontalier, à ce jour, elles vivent dans un climat actuellement tendu et des conditions défavorables.
« Ceux qui sont arrivés, ont détruit le commerce transfrontalier chez nous. Maintenant c’est tout le monde qui traverse moyennant un jeton , plus question de règlement », affirme Jeanne Mayumba, une des petits commerçants transfrontaliers congolais au marché Kahembe.
Les conséquences en sont multiples, certaines découlent même de la surtaxation. Furaha Concilie, vendeuse des fruits dans le même marché fustige : « nous petits commerçants transfrontaliers, souffrons terriblement. Même les taxations au marché ont été largement majorés. Maintenant nous payons pour nos marchandises au dépôt, 10 $ plutôt que 5 $ comme c’était établi avant. C’est devenu un désordre total.»
A la tête de la filière fruits et légumes, Jeanne Mayumba ajoute L’inaplication des textes légaux régionaux en terme de commerce transfrontalier depuis la prise de la ville de Goma : « Les petits commerçants transfrontaliers congolais sont en difficulté aujourd’hui à Goma. Ceux du Rwanda traversent et vendent en gros et en détail à des prix bas en violation des lois et accords pendant que nous qui avons amené nos marchandises de Kigali et sommes sensé revendre en détail conformément aux règlements, n’avons plus la clientèle. Écrasés par cette concurrence déloyale, nous ne voyons plus aucune nomenclature être respectée. Nous avons instauré le système de groupage mais aujourd’hui, ceux du Rwanda n’observent aucun de ces règlements. » Des défis auxquels sont butés toutes les filières qui autrefois jouissaient du système de groupage :« Aujourd’hui, même ceux qui quittent les champs au Rwanda, viennent directement revendre dans ce marché à des prix de leur choix alors que les lois ne leur accordent pas ce droit là. Nous qui avons acheté nos marchandises, sommes terriblement lésés», témoigne Esther, petite commerçante transfrontalière congolaise qui vend des tomates au marché Kahembe.
Des engagements pris et bafoués à ces jours
Pour Béatrice Kasimba, les commerçants grossistes du Rwanda sont commanditaires de la cacophonie qui s’observe actuellement chez les petits commerçants transfrontaliers de ces deux pays, la RDC et le Rwanda : « Ce sont les grossistes auprès de qui nous achetons nos marchandises au Rwanda qui viennent et violent les règles déjà établies. Nos clients qui viennent des territoires jusqu’à Goma, sont maintenant pris par ces grossistes qui vont jusque dans les territoires, notamment Masisi, pour leur vendre la marchandise là-bas alors que les règlements reconnaissent le marché Kahembe comme le seul marché transfrontalier où ceux des territoires viennent acheter leur marchandises. Que les autorités nous viennent en aide pour trouver des solutions.»
Une situation qui, selon elles, affectent les petits commerçants transfrontaliers congolais qui se trouvent étouffés par la concurrence déloyale de leurs homologues rwandais qui traversent la frontière et qui s’imposent illégalement sur le marché.
Ces femmes petites commerçantes transfrontalières Congolaises suggèrent la réhabilitation des routes de déserte agricole et que les agriculteurs et éleveurs congolais produisent plus pour éviter de dépendre de l’exterieur.
« Nous demandons aux agriculteurs et éleveurs congolais de produire plus et nous n’aurons plus recours à l’etranger. A cela doit s’ajouter la réhabilitation des routes de déserte agricole qui faciliteront l’accès aux produits de champs et de fermes et minimiseront le prix d’achat et de vente», insiste une des femmes vendeuses au marché Kahembe.
Aux cotés de ces recommandations, Pascasie Nyiramatama, une femme petite commerçante transfrontalière rwandaise appelle au vivre ensemble en observant les règles comme cela était le cas au par avant : « j’appelle nos frères petits commerçants transfrontaliers rwandais au respect des lois sur le commerce transfrontalier. Avant nous n’avions pas ce problème, les règlements étaient respectés et c’est ce que nous demandons, le respect des lois.»
Des solutions pour un commerce transfrontalier pacifique
Interrogée à ce sujet, la présidente de la plate forme des Associations et Coopérative des petits commerçants Transfrontalier au Nord-Kivu, Brigitte Kisuba revient sur « la responsabilisation de chaque filière des petits commerçants transfrontaliers et les plaidoyers auprès des décideurs et acteurs œuvrant dans la réglementation du secteur de commerce transfrontalier comme mesures palliatives de sa plate forme pour tenter répondre à ces défis.»
Une situation qui ne laisse pas indifférente l’Alliance Communautaire pour l’entrepreneuriat féminin en province.
Déborah Nzarubara, qui en est la coordonnatrice, parle de commerce transfrontalier comme facteur de paix au delà d’etre un facteur de croissance économique.
« le commerce transfrontalier contribue énormément pour la survie des milliers de familles au Nord-Kivu, il est aussi un secteur qui occupe près de 60 % des femmes qui font les petits commerces transfrontaliers et qui renforce sensiblement économie en province. Nous entant qu’Alliance Communautaire pour l’entrepreneuriat féminin, voulions à ce que nous puissions développer une approche qui vise à faire du commerce transfrontalier comme un facteur de paix. Privilégions le business for peace tel que nous l’avons toujours prôné avec nos partenaires. C’est seulement ainsi que tout les deux pays peuvent en profiter tout en maintenant la paix et l’équilibre de notre économie», fait savoir Déborah Nzarubara.
» La crise sécuritaire liée aux conflits armés qui s’est érigé en barrière peut avoir des pistes de solution « , insiste-t-elle.
En République Démocratique du Congo, l’interdiction pour les étrangers d’exercer le petit commerce, y compris la vente au détail par des grossistes, est principalement fondée sur la loi nationale n° 73-009 du 5 janvier 1973.
Le gouvernement congolais a réaffirmé en 2025 l’interdiction pour les étrangers d’exercer le petit commerce, mettant fin aux moratoires, effective dès novembre 2025.
Le business allant au delà des conflits; les petits commerçants transfrontaliers de deux pays, RDC et Rwanda sont appelés à privilégier les solutions pacifiques dans le respect des accords pris pour permettre à des milliers des familles de ces deux pays, de jouir pleinement de leurs activités commerciales qui les unient.
Rédaction
