Lors d’une conférence de presse tenue mercredi 26 novembre 2005 dans la salle de la BDGL, le Mouvement du 23 mars (AFC-M23) a présenté un état des lieux humanitaire et économique des zones qu’il affirme avoir « libérées » au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Les responsables du mouvement ont détaillé les opérations en cours, tout en réfutant les accusations d’entrave humanitaire relayées depuis certaines capitales étrangères.
Accès humanitaire : le mouvement rejette les accusations d’obstruction
Selon l’AFC-M23, l’accès humanitaire serait « pleinement garanti » dans les territoires sous son contrôle. Le mouvement fait état de la présence de 11 agences onusiennes, 91 ONG internationales et 603 ONG nationales travaillant librement dans ces zones.
Depuis avril, 4 966 travailleurs humanitaires auraient traversé les frontières, tandis que les cargaisons de médicaments, intrants nutritionnels et vivres seraient exonérées de taxes à leur arrivée. Le mouvement cite l’acheminement de plus de 50 000 tonnes de vivres par le Programme alimentaire mondial ainsi que plusieurs centaines de camions d’autres organisations internationales.
Au moment de la prise de contrôle des zones concernées, 576 453 déplacés internes étaient recensés dans 15 sites et 84 centres collectifs. D’après l’AFC-M23, une grande partie de ces populations est retournée dans ses villages ou en voie de retour. Le mouvement indique également avoir assuré l’acheminement des examens de fin d’année scolaire 2024-2025 afin de permettre aux élèves de poursuivre leur année dans des conditions normales.
Le mouvement est revenu sur les perturbations provoquées par la fermeture de l’aéroport et du port de Goma, décrite comme une « coupure d’un axe stratégique ». Les acteurs humanitaires auraient dû reconfigurer leurs routes logistiques, passant notamment par Bukavu, Kavumu, la Tanzanie et le lac Tanganyika.
Malgré les pillages signalés dans certains dépôts, l’AFC-M23 affirme que les chaînes d’approvisionnement ont été progressivement rétablies.
Les responsables du mouvement ont dénoncé les opérations menées par les forces coalisées de Kinshasa, impliquant selon eux des avions de chasse, drones et artillerie lourde visant non seulement les lignes de front mais aussi des zones densément peuplées. L’AFC-M23 affirme que ces attaques étaient en cours au moment de la conférence.
Situation économique : l’AFC-M23 accuse la gouvernance centrale
Sur le plan économique, le département des finances affirme avoir « assaini » le système dans les zones sous contrôle, notamment par la suppression des tracasseries et perceptions illégales, permettant une circulation fluide des marchandises. L’harmonisation fiscale serait à l’origine d’un regain de confiance des opérateurs économiques.
La stabilisation locale aurait également favorisé un retour massif des populations vers les activités agricoles, entraînant une hausse notable de la production vivrière : pommes de terre, maïs, manioc, haricots et soja.
Le mouvement estime que les provinces connaissant les crises humanitaires les plus sévères sont celles administrées par le gouvernement central, rejetant les analyses qu’il qualifie de « politiquement orientées » sur la réouverture de l’aéroport de Goma.
En présentant ce double bilan, l’AFC-M23 entend défendre sa gestion humanitaire et économique face aux critiques extérieures. Le mouvement réaffirme son ouverture à la collaboration avec les acteurs humanitaires et sa volonté de maintenir des conditions qu’il qualifie de « stables et sécurisées » dans les zones qu’il contrôle. Il appelle enfin les partenaires nationaux et internationaux à fonder leurs évaluations sur les réalités observées sur le terrain, estimant que seule une lecture objective permettra d’aborder efficacement les défis humanitaires et économiques dans l’Est de la RDC.
Grace Wasingya Nestor
